lundi 23 janvier 2017

Rituels pour toutes mes relations


En automne dernier j’ai eu l’immense privilège de participer à un grand rituel de femmes en Arizona. Notre chef d’expédition, un homme d’aventure, d’expérience et porteur d’amour achevait la plupart de ses partages par « All my relations » … « à toutes mes relations », traduisant ainsi la pensée de plusieurs nations autochtones qui considéraient le peuple des pierres, des arbres, des ruisseaux, des animaux comme autant d’êtres vivants avec lesquels ils étaient en lien, et que tout sur terre est relié.
Je repense souvent à cette phrase qui a trouvé un écho en moi et insuffle un nouveau sens à certaines de mes observations, un nouveau rythme à mes pas…  mes pas qui souhaitent s’éveiller à la magie qui se joue au quotidien sans que nous y prêtions attention ou qui parfois s’agite si fort en nous jusqu’à nous bousculer, alors que nous pourrions en profiter pour tout simplement tisser plus aisément. Certains appellent cela les synchronicités, d’autre le fait d’être enligné, moi j’aime beaucoup l’idée d’être en lien … en lien avec les différents cycles de vie, avec toutes mes relations !

Ainsi je pense d’abord au cycle de la nature, cette fabuleuse ronde des saisons qui demeure perceptible même dans les contrées les plus bétonnées et la palette d’émotions qu’elle suscite en nous; la fébrilité des premiers bourgeons, l’émerveillent devant la beauté des fleurs d’été,  le désarroi lors de la chute des feuilles, l’émoi d’une trace de givre dans une flaque ou sur un carreau de fenêtre. Autant de signaux qui nous indiquent une direction, d’étapes qui nous guident de changements en transformations! Et entre ces grandes étapes un chapelet d’autres petites; le retour du soleil, le chant des oiseaux, les examens de fin d’année, les vacances, le lac ou la plage, le jardinage, la rentrée, l’Halloween, Noël. Et entre celles là encore de nombreuses autres; des naissances, des décès, des maladies, des guérisons, des voyages au bout du monde et d’autres au bout de soi, des anniversaires, des rêves, des déceptions, des mariages, des séparations, des heurts, des grands bonheurs, des petits moments d’éternité à pleurer, regretter, remercier, honorer, célébrer.
Dans ces interstices se glissent la course de la Lune avec tous les effets qu’on lui connait et celle du Soleil qui guide le règne du vivant depuis que le monde est monde, la Terre mère qui supporte nos pas et le père Ciel qui nous veille de sa voute étoilée … créant ensemble la fabuleuse roue de médecine, le sentier des quatre directions; Ainsi l’Est nous figure le printemps avec son énergie montante, la foi du commencement, les nouveaux départs ! Le Sud, avec sa chaleur, sa quiétude, l’épanouissement, la maturation des fruits et des projets nous mène à l’été. L’Ouest nous guide doucement vers une forme d’intériorité, la possibilité d’apprivoiser nos zones d’ombres, mais aussi la conscience de tout ce que nous avons créé et récolté. Nous voilà à l’automne de nos vies. Puis arrive l’hiver, au Nord, avec sa blancheur telle la sagesse de nos aïeuls. Un froid intense qui force au retrait, conduit parfois à la dormance, à la mort avant d’amorcer un second cycle de saison, de transmission.
Chacun de ses espaces, de ces états, de ces moments laisse son empreinte d’ombre et de lumière, la possibilité d’une interprétation, d’une compréhension … si nous en prenons le temps.


À ce cycle de nature se superpose un autre cycle; notre cycle de femme menstruée avec ses saisons intérieures, ses inter saisons, ses déclinaisons. Ainsi sous les traits de la Jeune fille on passe de la phase pré ovulatoire, dynamique, énergique, extériorisée, à la vivacité d’esprit remarquable et l’enthousiasme débordant  à celle de l’ovulation, la phase Mère par excellence ! Mère de bébés, mère d’enfants plus grands, mère de projets, mères de communautés, amenez-en des projets, des besoins, des câlins ! La Mère les porte tous, les nourrit, leur insuffle le souffle de vie. Elle rayonne sur le monde, prête à tout porter, supporter, soutenir, accueillir, chérir, guérir… juste avant de glisser vers le fameux SPM, un tantinet moins dévoué… moins apprécié. Et pourtant je préfère dépeindre cette phase sous les traits d’une Enchanteresse, afin d’apprécier l’entièreté de la saison, le revers de ses travers. Un petit peu susceptible certes, mais aussi tellement intuitive, créative ! Revêche vous dites ? À moins qu’elle ne soit totalement clairvoyante, supra empathique. Les pieds ne touchent plus autant terre, il faut bien l’admettre, la concentration n’est pas au maximum sans compter que l’insomnie elle est bien de la partie… autant de désagréments qui pointent pourtant vers une grande introspection, la sagesse de se lier à son essence, de laisser tomber les artifices et d’écouter un peu plus patiemment qui l’on est vraiment. Puis voilà que le sang coule, c’est la phase de la menstruation, que l’on aborde sous les traits de la Sorcière ou de la Grand-mère. Avec son cortège de jambes lourdes, maux de ventre et de dos, vulve de plomb tout nous incite au repos, au ralentissement, au retrait au fond d’une grotte, en-dessous de la couette ou sur une ile déserte afin d’intégrer ce mois écoulé. Achever de mijoter ce qui doit l’être, faire le point, le tri, trouver notre propre vérité, notre sagesse personnelle avant de réémerger au grand jour sous la forme de le Jeune Fille, fière et resplendissante, prête à repartir de plus belle !
Encore une fois chacune des phases laisse sa marque d’ombre ou de lumière, la possibilité d’une interprétation, d’une compréhension … si nous en prenons le temps.

À ces cycles universels s’ajoutent nos cycles intimes, personnels, qui sont propres à notre culture, notre identité,  notre religion, notre famille, nos choix de vie, ceux qui parfois ont été appris, transmis et d’autres fois, oubliés, bafoués, enterrés, reniés. Pourtant, ces cycles qui s’imbriquent contiennent le trait d’union entre nos pas, nos sensations, nos émotions, nos créations, nos réactions et la compréhension que nous en avons.
Vivre avec la conscience que tout est relié, c’est accepter que ces différents cycles aient un effet sur nous, nous faisant à la fois sentir microscopiques et tellement grandes. Marcher en rythme avec nos cycles c’est détenir une formidable médecine, un pouvoir infini sur notre capacité de nous accueillir, de nous chérir, de nous choisir, de nous guérir. C’est aussi la possibilité d’explorer tous les spectres de nos vies et l’immense privilège de vivre la magie de tous ces cycles qui nous traversent et nous animent de façon bien personnelle.

Ainsi, pour expérimenter tout ceci, j’ai eu envie de créer un nouveau cycle d’ateliers;
Femmes en cercle au fil des saison
 Un cycle de 12 rencontres (une fois par mois à la yourte ou via skype) pour venir vous assoir en cercle, vous déposer, prendre le pouls de votre âme, retrouver une posture ancestrale de partage et d’écoute, d’accueil et de sororité, explorer les interstices des saisons, des mois et découvrir la lumière qui s’y cache, le sens qui s’y créé, la magie qui s’y dévoile en explorant
- en janvier; le rêve de la femme hiver dans sa tanière
- en février; la femme blanche, celle qui porte la sagesse
- en mars; la porteuse de vie

Le premier atelier "Le rêve de la femme hiver" se tiendra
- à la yourte samedi 28 janvier prochain, à 13h30, contribution 30 $
- via skype dimanche 29 janvier, à 10h (heure de l’est du Québec, soit 16h pour nos sœurs d’Europe) la première rencontre sera gratuite.

Pour info et inscription
(001) 418 509-1509 

Rituels pour la nouvelle année

En ce mois de janvier je suis marginale et heureuse et je vous ai préparé quelques rituels pour accompagner la nouvelle année !

lundi 19 décembre 2016

Solstice d’hiver; la fermeture d’un cycle

Tout nous l’indique; les fêtes de fin d’année, l’arrivée des grands froids, les longues nuits… tout doucement l’année s’achève, un peu comme une vieille femme qui doucement tire sa révérence, s’en va sur la pointe des pieds, laissant derrière elle seulement l’empreinte de ce qu’elle aura été.
Mais avant de s’en aller complètement, il y aura fêtes, célébrations, réflexions, partages, compréhension et transmission afin de fermer un cycle et de se préparer à en ouvrir un nouveau. Le solstice nous offre une pause, une pause au cœur de la grande noirceur, le temps d’aller voir comment se porte notre lumière intérieure. C’est un grand moment pour boucler notre aventure, prendre la pleine mesure de ce que nous avons vécu, assembler nos pas, tisser une grande courte pointe de tout ce qui nous a animé au cours de l’année.

À l’image des cycles menstruels qui animent les femmes, tout notre être est en hiver, momentanément replié du monde, recroquevillé sur lui-même, le temps de s'octroyer du repos. Le temps aussi de prendre conscience des mois et saisons écoulés, d’accueillir ce qu’ils nous ont enseigné et d’intégrer ces nouveaux savoirs. C’est un moment intuitif, rempli de sensible parce qu’il est propre à chacun et qu’il est garant d’une transmission comme le fait la grand-mère à ces petits enfants, la sorcière à la vierge, l’hiver au printemps.

Ainsi l’an dernier nous avons instauré un nouveau rituel pour le solstice, plutôt ce sont les enfants qui l’ont imaginé ! Ils ont joué sur la corde sensible qu’est mon affection des célébrations ; « On pourrait célébrer la nuit la plus longue de l’année, en veillant aussi longtemps que l’on veut !!! » Alors on a descendu les matelas dans le salon afin de veiller cette longue nuit qui s’offrait à nous. Mais avant on va jouer dehors; admirer les volutes blanches que font naitre nos rires, s’ébrouer dans la neige, écouter le crissement de nos pas dans le froid, caresser les animaux et finalement s’assoir sur la galerie et observer les grandes épinettes sous le clair de lune. Ces grandes épinettes, immenses, pleines de branches, d’aiguilles, de cocotes remplies de graines, avec des sections noueuses et d’autres plus lisses. Ces grandes épinettes toujours là, debout, semblant résister à tout. Et alors nous prenons conscience que nous aussi nous sommes toujours là; parfois nous ployons sous le vent, les peurs, les doutes, les chicanes, puis nous nous redressons, accueillons les saisons avec leur lot de semailles, de récoltes, d’amour, de réalisations, de fiertés, d’entraide, de deuils, de difficultés à honorer et apprivoiser. C’est un moment de grande contemplation, dans lequel s’entremêlent la plénitude, les regrets, la confiance, la résignation, l’espoir. De nombreux espaces et émotions qui font que nous sommes qui nous sommes et avançons sur le chemin qui est le notre, parfois sous l’éclat du soleil, d’autres fois dans l’ombre ou même le noir total, mais toujours avec notre lumière intérieure… notre petite flamme à qui il arrive de vaciller, qu’il nous faut protéger à l’occasion, mais qui est là, encore une fois, encore une année. Et si les enfants pressés de rentrer savourer un chocolat chaud avec des biscuits, avant de se lancer dans une longue nuit de jeux et de films, mettent parfois précipitamment un terme à mes réflexions, pour moi le cheminement se poursuit jusqu’à la nouvelle année. Comme une longue prière, je retourne sur mes pas, visite certains recoins, panse mes plaies, pleure ce qui a besoin de l’être, couche sur papier ou brule ce qui a besoin de plus d’éclats ou de fracas, coupe, élague et laisse aller, magnifie, honore. C’est une danse lente, parfois souffrante. Un moment de grand recueillement et de partage aussi. C’est l’immense privilège d’un ultime voyage, la contemplation d’une œuvre inachevée, la preuve que je suis en vie… encore.


Et l’air de rien pendant cette introspection, cette plongée au cœur de mes noirceurs, ce tangage d’une rive à l’autre, ces tergiversations avec moi-même, les jours agrandissent, lentement, doucement et avec eux les germes de nouvelles graines, de nouveaux possibles, de créations à venir. Arrive alors, ce moment magique ou l’on sens les ailes de la confiance s’agiter au creux de notre ventre et battre dans notre cœur, alors doucement le cycle ce boucle pour en faire naitre un nouveau. Un nouveau où tout est possible !

Bon Solstice !

Pour en savoir plus sur les rituels à venir www.chemins-de-traverse.ca

dimanche 11 décembre 2016

Rituel d’écriture; des voeux en blessing way pour la nouvelle année !

Ce matin j’ai renoué avec un rituel mis de côté depuis trop longtemps… celui d’écrire à mes grands-parents !
Avec la fin du marché de Noël, le rythme ralentissait, la cadence s’apaisait.
Les enfants jouaient… et puis on était dimanche et le dimanche je ne fais pas la cuisine, pas de ménage, pas de lavage.
J’avais donc du temps… au moment ou un rayon de soleil s’est glissé sur le coin de la table alors que je terminais mon café.
Ça m’a rappelé que j’avais des cartes à écrire, des vœux à offrir, des rêves à partager, la paix à souhaiter. Dans la lumière du rayon de soleil, ce serait parfait !
Mais j’avais envie d’un plus grand moment, envie de m’abandonner, de me laisser aller, surtout de me déposer.
Alors j’ai écris à mes grands-parents ! Mes grands-parents de l’autre côté de l’océan.

Parce que oui, je suis fille d’immigrant.
Petite fille apportée, transplantée dans une nouvelle contrée, réenracinée, réenlignée.
Et pour combler cet espace trop grand entre moi et mes grands-parents j’ai pris l’habitude de leur écrire;
… écrire pour partager, rassurer, raconter.
… écrire pour leur faire découvrir
… écrire pour être entendue, me confier
… écrire pour garder les liens vivants
… écrire pour les assurer que je les aimais, que je les oublierai jamais.
Je leur ai écrit des pages et des pages de mots enfilés comme un collier, témoignant de ce que je vivais. Une sorte de chapelet égrené au fil du quotidien. Des mots choisis, assemblés, tissés en une sorte de prière. Celle de demeurés liés malgré ce maudit océan, d’être ensemble un certain temps, par le biais des mots couchés, des émotions infusées, des larmes imbibées sur le papier.
Ce rituel je l’ai maintenu pendant des années … pendant des dizaines d’années.
Et puis le temps s’est accéléré, les factures de téléphone sont devenues plus faciles à payer, puis skype s’est immiscé …
Je n’ai plus écrit, l’immensité de l’océan s’est rétrécit et notre intimité aussi.

C’est ce que j’ai ressenti aujourd’hui… après avoir écrit 3 pages sans avoir encore donné de nouvelles des enfants, des rénos ou du boulot. J’avais arpenté toutes ces pages comme on fait une promenade en forêt. Je m’étais racontée doucement, humblement, patiemment. M’arrêtant pour trouver le bon mot, suivre une idée, patienter pour découvrir ce que cela cachait. Je n’écrivai plus à mes grands-parents, je parlais avec mon âme. Je prenais le temps d’observer où j’en étais, d’écouter ce que mon essence me chuchotait, de mettre ensemble toutes les perles des mois passées et d’assembler mon collier. J’étais en train de retrouver un sentier oublié. J’étais en train de me déposer, de reprendre mon souffle après un automne effréné. Et tout ça je le faisais dans la confiance d’un clan, celle de mes grands-parents. Une sorte de blessing way différé. J’avançais, sans trop savoir vers quoi, sans but précis, sans objectif défini, mais surtout sans le silence et la solitude d’un journal intime, d’une écriture automatique ou d’une page destinée à être brûlée. J’avançais à pas feutrés, en toute sécurité dans l’espace tissé ente mes grands-parents. Dans cet espace où je me savais écoutée, non jugée, respectée, je tissais une passerelle vers moi-même dont ils étaient les témoins, les gardiens.

Aujourd’hui en leur écrivant, en faisant fi de ce maudit océan, j’ai réalisé à quel point mes grands-parents sont présents ; présents à chacun de mes pas pour me soutenir, me bénir
*, m’écouter, m’assurer, m’apaiser. Alors que je voulais leur écrire pour les rassurer, les empêcher de s’inquiéter, les occuper … occuper un peu de cette éternité qui semble parfois ne plus finir à force de vieillir, les désennuyer un instant, être à leurs côtés comme si de rien était malgré cet océan … ce fichu océan qui m’empêche, d’aller les visiter, de voir leurs arrières petits enfants plus souvent, de cuisiner pour eux, de faire leur lavage ou leur ménage même un dimanche et qui pourtant aujourd’hui m’a permis d’écrire encore une fois, de me rapprocher sur la pointe des pieds, comme on tisse un blessing way, comme on offre un souhait.

Alors cette année dans mes cartes de voeux je vais me promener. Prendre le temps d’aller à la rencontre de la personne à qui j’écris, à la rencontre de qui je suis. Une façon d’être consciente, déposée, inspirée et de faire de ce temps de l’année un temps de souhaits, de paix, de sérénité, partagée, incarnée à lire et relire pour ne jamais oublier de tisser par delà l’océan, par delà les tourments.
Un blessing way pour la nouvelle année !

* le blessing way est un rituel visant à célébrer les pas à venir d'une personne, afin que celle-ci puisse avancer dans la confiance d'un clan, dans la "bénédiction", la bienveillance et le soutien de celui-ci.
Rituel Navajo à la base, ce sont surtout les blessings ways en lien avec le passage de l'accouchement qui se sont fait connaitre au fil du temps. Mais chez les Navajos les blessings ways interviennent à de nombreuses reprises au fil de la vie, afin de supporter les différents passages. 

* Pour plus d'infos sur différents rituels www.chemins-de-traverse.ca

* l'image est issue du site www.chemin-de-conscience.com
de  Nathanaëlle Bouhier-Charles auteurs du livre : Rituels d'aujourd'hui pour célébrer la grossesse et la naissance




dimanche 27 novembre 2016

SPM; Libérer la fureur

Il y a quelques jours une amie m’a partagé la publicité d’un parfum en la renommant « Délire prémenstruel »
On y voyait une femme s’apprêtant à entamer un défilé de monde.
Le décor est léché, lisse, parfait, l’ambiance guindée à souhait !
Puis les consignes alentour se muent en un bourdonnement.
La femme cligne des paupières, signe ultime de son changement d’état.

La fluidité laisse place à des mouvements rapides et saccadés.
La femme grimpe aux murs tel un animal sauvage.
Chacun de ses pas qui martèle le sol donne lieu à des éclairs.


Voilà comment je me sens depuis deux jours; une curieuse envie de foudroyer tout ce qui croise mes pas, bouge autour de moi !
Pourquoi? Je ne sais pas.
C’est arrivé comme ça, sortit de nul part, pour rien; accompagnée d’une furieuse envie de hurler, de griffer, de graffigner !
Tout à coup tout me heurtait, m’offusquait, m’irritait.
Je voulais juste m’en aller, partir, loin, battre en retraite plutôt que battre quelqu’un.
Mais je ne l’ai pas fait, la journée était chargée.
Alors j’ai ravalé, respiré, rabroué…
Je me suis contenue, confondue, jusqu’à m’écrouler en fin de journée; vidée, achevée.
Ouf la vague était passée.

Les mois précédents l’Enchanteresse m’avait habitée avec subtilité. Je faisais l’expérience de l’intuition alors que là je flirtais avec la destruction …

Pourtant une fois les enfants couchés, bientôt débarrassée de cette maudite journée, la bête est revenue. J’ai été prise d’une envie de me relever, me relever et balancer des assiettes sur le plancher ! Des piles et des piles, les unes après les autres, les voir se rompre, voler en mille morceau au contact de la céramique et libérer dans leur  fracas toute la colère accumulée en moi. Toute ma tension, ma frustration, mon insatisfaction.
De quoi ? Je ne sais pas.
Mais je savais que la boule de fureur qui logeait en moi devait être évacuée, libérée ne me fasse trop peur, trop de torpeur, trop de frayeur. Par chance Morphée est vite passée, mettant fin à mes idées destructrices qui auraient mis en péril notre déjeuner !!!
Ainsi le lendemain a commencé doucement, puis le rythme s’est accéléré et avec lui la bête s’est repointée. Prise dans une frénésie de ménage j’étais de nouveau en furie… en sursis.
Alors que d’ordinaire les maisons aseptisées me puent au nez, là j’avais des envies militaires; organiser un régiment et procéder à un rangement… un grand ! Que plus rien ne traine, ne dépasse, ne sente ou ne bouge ! C’est alors que sentant que l’atmosphère étant en train de surchauffer, l’homme est sortit de sa tanière demandant ce qu’il pouvait faire.
Alors je me suis vue comme cette femme animale, sauvage, à grimper aux murs et balancer des éclairs, marteler mes pas sur le plancher et projeter du feu à chacune de mes enjambées telle une dragonne déchainée, fulminante, pleine de pouvoirs insoupçonnés. La bête était de nouveau réveillée, revenue au galop, prise de rage, d’une envie de détruire, de fuir, de courir !
Libérer de l’énergie
Libérer de l’énergie
Libérer de l’énergie
Évacuer avant d’exploser … mais de nouveau ce n’était pas la bonne journée. Elle aussi était pleine à craquer.

Comme souvent c’est mon amie Isis qui m’a ramenée, ramenée dans mon intégrité, dans ma légitimité, dans ma créativité.
Mon amie Isis à qui j’ai dompé ma culpabilité de me sentir dans cet état, tandis que je suis en train de l’accompagner illico à son traitement de chimio. Parce que franchement mes petits états d’âme à côté de ce qu’elle vit c’est n’importe quoi. Et pourtant elle m’a rappelé que c’était son combat. Ça m’a raplombée un tantinet mais ça ne m’a pas empêcher de m’enrager, de m’énerver, de m’indigner de ma belle maison, avec mes beaux enfants, notre bonne santé pendant qu’il n’y a plus de vie en Syrie, que les Sioux meurent de  froid dans le Dakota, que le clown commence sa fiesta, sans parler de tout ce qu’on ne sait même pas! Et là c’était plus fort que moi, j’étais en train de lever le ton, de m’énerver, de bouger mes mains de tous les côtés, de décliner le chapelet au grand complet. !!! J’étais fâchée, coupable, pleine de ressentiment qui grondait par en dedans et de nouveau cette envie de fuir, de détruire … pendant que mon amie se bat pour ne pas mourir.
Puis Isis me dit : « Tu sais quand tu parles comme ça, de la tension dans ton corps,… il y a quelque chose là, tu devrais danser, le libérer ! » Et vlan ! Dans les dents ! Les mots sont doux, mais la claque magistrale et ça fait mal ! Parce que oui, maudit, le moton est pris … pris par en dedans !
La voilà qui continue; «  Tu le dis à la yourte dans des ateliers, il faut trouver une façon d’évacuer, de créer, de libérer les tensions accumulées, inventer un chemin de guérison , une porte de sortie pour renouer avec la vie. »
Mon amie Isis qui s’en va à son traitement de chimio de la musique dans les oreilles, des couleurs plein son sac avec toute sa sérénité continue de me partager « Pis tu sais, dessiner sans penser, frotter le papier, gratter, déchirer, brûler, ça fait tellement de bien, tu devrais essayer !» Elle savait que je savais. Elle me prenait juste par la main, pour me remettre sur mon chemin… celui que j’avais perdu, parce que je n’avais pas bien regardé où je mettais les pieds, trop occupée à avancer. Je l’écoutais comme quelqu’un qui nous raconte une histoire oubliée … comme si avec ses mots je me rappelais, me remémorais, me souvenais.

Puis nous sommes arrivées, alors je l’ai déposée… en même temps que ma culpabilité de ne pas l’accompagner, mon jugement de ne pas faire autrement. Alors je me suis dit que je n’irai pas faire l’épicerie en l’attendant, je ne continuerai pas à faire semblant. Pendant qu’on allait affliger à son corps et à son âme un traitement de guère je n’allais pas rester là à rien faire … à me nier, à m’oublier. La yourte m’appelait, ça battait dans mon cœur comme une urgence, une exigence; me rapprocher de mon essence.
À peine arrivée j’ai saisi les hochets et les ai secoués, battus comme jamais et j’ai crié, hurlé, dansé… tellement que mon périnée a lâché … une femme sauvage dans toute sa lâcheté.
Tant pis j’ai recommencé, encore et encore, crié, hurlé, libéré ma furie, sorti l’énergie ! Puis ce fut au tour de mes cordes vocales de lâcher… pourtant je n’avais pas terminé. Il en restait encore, encore de cette fureur longtemps endormie, mais à présent réveillée, encore de cette dragonne déchainée. Alors j’ai sauté, j’ai trépignée, j’ai louvoyé, j’ai grogné, rampé, je me suis déhanchée, désarticulée, démembrée… libéré quelque chose qui était emmuré pour finalement tomber, épuisée. Épuisée et émerveillée devant cette porte qui venait de s’entrouvrir; ma fureur était partie alors que mon corps avait pris vie !
Histoire d’être bien certaine d’avoir tout évacué et parce que je pensais à Isis j’ai sorti les pastels gras, étendu du noir, du noir avec du rouge, tapé, barbouillé, gratté, respiré, respiré encore, ça y est c’était passé. Alors j’ai pris mon tambour et j’ai chanté, remercié




Épilogue
Le lendemain je me suis levée le corps lourd, fatigué, le moral en miette, la larme facile.
La fureur de l’enchanteresse faisait doucement place à la sensibilité de la sorcière. Lentement, mes pas me conduisaient au grand saignement, la possibilité d’intégrer l’enseignement, de me recueillir, de cueillir ce que je venais de réaliser, la possibilité de boucler un cycle et de me régénérer.
Renaitre de ses cendres comme le Phoénix, oser descendre, descendre, parfois toucher le fond, puis remonter lentement, doucement vers la lumière, quitter la sorcière et devenir rivière, fière.

Pour celles qui aimeraient mieux comprendre les différents périodes de leur cycle ainsi que les énergies qui les accompagnent en lien avec les 4 grands archétypes, le prochain atelier calendrier lunaire aura lieu ce samedi 3 décembre à la yourte (région de Rimouski)
http://www.chemins-de-traverse.ca/ateliers-et-conferences/


Pour celles qui lisent Femmes qui courent avec les Loups de Pinkola Estes
Je vous invite à lire ; le passage en lien avec la rage.