dimanche 11 décembre 2016

Rituel d’écriture; des voeux en blessing way pour la nouvelle année !

Ce matin j’ai renoué avec un rituel mis de côté depuis trop longtemps… celui d’écrire à mes grands-parents !
Avec la fin du marché de Noël, le rythme ralentissait, la cadence s’apaisait.
Les enfants jouaient… et puis on était dimanche et le dimanche je ne fais pas la cuisine, pas de ménage, pas de lavage.
J’avais donc du temps… au moment ou un rayon de soleil s’est glissé sur le coin de la table alors que je terminais mon café.
Ça m’a rappelé que j’avais des cartes à écrire, des vœux à offrir, des rêves à partager, la paix à souhaiter. Dans la lumière du rayon de soleil, ce serait parfait !
Mais j’avais envie d’un plus grand moment, envie de m’abandonner, de me laisser aller, surtout de me déposer.
Alors j’ai écris à mes grands-parents ! Mes grands-parents de l’autre côté de l’océan.

Parce que oui, je suis fille d’immigrant.
Petite fille apportée, transplantée dans une nouvelle contrée, réenracinée, réenlignée.
Et pour combler cet espace trop grand entre moi et mes grands-parents j’ai pris l’habitude de leur écrire;
… écrire pour partager, rassurer, raconter.
… écrire pour leur faire découvrir
… écrire pour être entendue, me confier
… écrire pour garder les liens vivants
… écrire pour les assurer que je les aimais, que je les oublierai jamais.
Je leur ai écrit des pages et des pages de mots enfilés comme un collier, témoignant de ce que je vivais. Une sorte de chapelet égrené au fil du quotidien. Des mots choisis, assemblés, tissés en une sorte de prière. Celle de demeurés liés malgré ce maudit océan, d’être ensemble un certain temps, par le biais des mots couchés, des émotions infusées, des larmes imbibées sur le papier.
Ce rituel je l’ai maintenu pendant des années … pendant des dizaines d’années.
Et puis le temps s’est accéléré, les factures de téléphone sont devenues plus faciles à payer, puis skype s’est immiscé …
Je n’ai plus écrit, l’immensité de l’océan s’est rétrécit et notre intimité aussi.

C’est ce que j’ai ressenti aujourd’hui… après avoir écrit 3 pages sans avoir encore donné de nouvelles des enfants, des rénos ou du boulot. J’avais arpenté toutes ces pages comme on fait une promenade en forêt. Je m’étais racontée doucement, humblement, patiemment. M’arrêtant pour trouver le bon mot, suivre une idée, patienter pour découvrir ce que cela cachait. Je n’écrivai plus à mes grands-parents, je parlais avec mon âme. Je prenais le temps d’observer où j’en étais, d’écouter ce que mon essence me chuchotait, de mettre ensemble toutes les perles des mois passées et d’assembler mon collier. J’étais en train de retrouver un sentier oublié. J’étais en train de me déposer, de reprendre mon souffle après un automne effréné. Et tout ça je le faisais dans la confiance d’un clan, celle de mes grands-parents. Une sorte de blessing way différé. J’avançais, sans trop savoir vers quoi, sans but précis, sans objectif défini, mais surtout sans le silence et la solitude d’un journal intime, d’une écriture automatique ou d’une page destinée à être brûlée. J’avançais à pas feutrés, en toute sécurité dans l’espace tissé ente mes grands-parents. Dans cet espace où je me savais écoutée, non jugée, respectée, je tissais une passerelle vers moi-même dont ils étaient les témoins, les gardiens.

Aujourd’hui en leur écrivant, en faisant fi de ce maudit océan, j’ai réalisé à quel point mes grands-parents sont présents ; présents à chacun de mes pas pour me soutenir, me bénir
*, m’écouter, m’assurer, m’apaiser. Alors que je voulais leur écrire pour les rassurer, les empêcher de s’inquiéter, les occuper … occuper un peu de cette éternité qui semble parfois ne plus finir à force de vieillir, les désennuyer un instant, être à leurs côtés comme si de rien était malgré cet océan … ce fichu océan qui m’empêche, d’aller les visiter, de voir leurs arrières petits enfants plus souvent, de cuisiner pour eux, de faire leur lavage ou leur ménage même un dimanche et qui pourtant aujourd’hui m’a permis d’écrire encore une fois, de me rapprocher sur la pointe des pieds, comme on tisse un blessing way, comme on offre un souhait.

Alors cette année dans mes cartes de voeux je vais me promener. Prendre le temps d’aller à la rencontre de la personne à qui j’écris, à la rencontre de qui je suis. Une façon d’être consciente, déposée, inspirée et de faire de ce temps de l’année un temps de souhaits, de paix, de sérénité, partagée, incarnée à lire et relire pour ne jamais oublier de tisser par delà l’océan, par delà les tourments.
Un blessing way pour la nouvelle année !

* le blessing way est un rituel visant à célébrer les pas à venir d'une personne, afin que celle-ci puisse avancer dans la confiance d'un clan, dans la "bénédiction", la bienveillance et le soutien de celui-ci.
Rituel Navajo à la base, ce sont surtout les blessings ways en lien avec le passage de l'accouchement qui se sont fait connaitre au fil du temps. Mais chez les Navajos les blessings ways interviennent à de nombreuses reprises au fil de la vie, afin de supporter les différents passages. 

* Pour plus d'infos sur différents rituels www.chemins-de-traverse.ca

* l'image est issue du site www.chemin-de-conscience.com
de  Nathanaëlle Bouhier-Charles auteurs du livre : Rituels d'aujourd'hui pour célébrer la grossesse et la naissance




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